Coupure de courant.  Tout s’échappe.  Les blogs, les notes, les repères.  La télévision – tueuse du temps, l’ordinateur -  ouvert sur le monde, le téléphone – lien entre les proches éloignés…

Alors, je prends une feuille blanche, et un stylo.  J’observe l’écriture. 

La main est un peu crispée ; elle ne connaît plus le mouvement circulaire des entrelacs à l’encre bleue peints sur la blancheur.  Ces capteurs de Verbe...  L’écriture est hachée, disparate.  La main n’ose plus, se laisse distraire par le bruit sourd du courrier qui tombe sur le sol.  Le facteur est passé.  L’imprévu est au rendez-vous.  Peut-être.

La panne de courant perdure.  Et la page blanche aussi.

Il faut saisir les idées, et l’émotion.  L’exercice n’est pas facile.  Il demande de la concentration et de la souplesse tout à la fois.  La main résiste, les crampes s’amplifient.  Un mot vient de passer.  Solitude.  Il est saisi par l’encre bleue.  Fixé dans la blancheur.  Il en devient visible.  C’est peut-être cela qui me dérange.  La visibilité.  Dans l’évitement de l’écriture, il  y aurait donc la peur de voir.  De contempler mes faiblesses.  Moi qui me crois forte.  Qui me veux forte.  Pour avancer dans la vie, le pas solide.  Et ne pas tomber, ne pas ressentir la douleur de la chute…

Voici la fin de la panne d’électricité.  Et la fin de l’écrit.  Et la fin du silence, d’où émerge le Verbe.